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Goodmoods

Le mood de

Sophie Fontanel

Petite fille d’arménienne et terriblement parisienne, écrivaine mais également journaliste, influenceuse, chineuse. Sophie, la facétieuse, aime être là où on ne l’attend pas : sur l’île du Levant où se déroule son dernier roman « Capitale de la douceur » (éd. Seghers), au milieu des feed Instagram où elle détonne ou bien encore sur leboncoin avec qui elle réalise une cote du vintage, un projet à son image, légèrement excentrique et nostalgique.

 

À grands recours de rimes, de lignes, comme de selfies, Sophie raconte le monde qui nous entoure. À sa manière : douce. 

© Sophie Fontanel

D’où vous vient cette passion pour la chine ?

 

« Ma famille d’origine arménienne n’était pas riche et leur seule solution pour avoir une esthétique propre à eux, c’était de chiner. À l’époque ce n’était pas très bien vu, les gens préféraient avoir quelque chose de neuf. Je les ai vu chiner tout le temps, partout, ma tante m’emmenait dans des endroits incroyables à New-York, à Venise… On allait chercher des chandeliers et elle me disait “ Ça va faire comme si on avait un château ”. En chinant, on peut avoir une vie de château. Bon, après, il faut avoir envie d’une vie de château. »

L’idée derrière la cote du vintage ?

« Je me meuble en chinant. Mais que chiner quand rien n’est cher ? Vaste question plus subtile qu’il n’y paraît. Évidemment, tout le monde veut acheter des pièces de Charlotte Perriand. Mais il y a une autre stratégie de la chine qui est, je ne sais pas… Chiner de la vaisselle Acapulco de Villeroy & Boch, des coussins en point de croix ; des choses à la limite du mauvais goût qu’on voit chez des gens qui ont du goût. 

C’est ça qui m’intéresse et c’est ça la cote du vintage. Je sélectionne en ligne vingt objets dans l’air de mon temps… Et je le fais aussi en vrai, en chinant sur leboncoin deux fois par mois quelque chose de cette cote. Puis je guide les gens vers ma recherche en leur proposant des liens pour leur déblayer le terrain. »

© Sophie Fontanel

La bonne affaire, c’est ?

 

 

« Il y a deux typologies de bonnes affaires, la première c’est quand vous avez rêvé de la pièce. Et quand vous rêvez vraiment des choses, elles se réalisent. Je rêvais pas exemple d’une tête de lit en rotin blanc, comme dans une maison de vacances. J’ai fini par la trouver et ça c’est la bonne affaire. Finalement qu’elle coûte vingt ou quatre-vingt euros sur leboncoin, ce n’est pas l’essentiel.

La seconde bonne affaire, c’est celle qui est inattendue. J’ai, par exemple, chiné une lampe en bois qui est faite de cubes. Je ne savais même pas que ça répondait à tout un design, à une histoire. C’est la bonne affaire et je ne me suis même pas rendue compte que j’en faisais une en fait. »

Les pièces à chiner sans hésiter ?

 

« Des paires de vases, des lampes avec de magnifiques abat-jours… C’est très difficile de trouver un bel abat-jour. J’aime beaucoup, beaucoup, les espèces de portes-fenêtres miroirs. Après, on peut maçonner une partie du mur, on ajoute les portes-fenêtres et ça fait un placard divin. »

Sophie Fontanel

Avoir un bon œil, qu’est ce que ça veut dire ?

 

« Le bon œil vient d’un mélange de beaucoup de choses, il ne vient pas que de la culture, il ne vient pas que du pouvoir d’achat ; vous n’avez pas un meilleur œil parce que vous êtes habitué à acheter de jolies choses chères. 

 

 

« Fin d’automne » de Yasujirô Ozu

« Le Mépris » de Jean-Luc Godard

Pour moi le bon œil, il vient du rêve. Il faut avoir visionné des films de Ozu en regardant le mobilier autour, il faut avoir regardé la couleur des serviettes éponges dans “Le Mépris”… Dans un tableau du Louvre, faut avoir capté la beauté d’un minuscule détail, et on se dit à “ C’est joli, je pourrais faire ça chez moi ”. Le bon œil c’est d’exercer son œil. Et ça peut être via un livre où l’on ne voit pas les choses, où on les imagine. Ça vient du désir intime de regarder et de la joie de regarder. »

Sophie Fontanel

© Sophie Fontanel

Votre dernier coup de cœur ? 

 

 

« De façon complètement inattendue, l’autre jour je suis allée à la Villa Noailles à Hyères, il y avait un grand miroir rond de Constance Guisset et je me suis regardée dans cette espèce de nuage, je l’ai postée

 

Je l’ai trouvé intéressant car quand on a une maison avec des choses chinées ce n’est pas facile d’y insérer quelque chose de moderne. Ça fait presque comme une faute de goût et pourtant c’est intéressant. Et je vais avoir un de ses miroirs, je suis ravie. »

Une designer qui vous inspire ?

« J’aime beaucoup ce que fait Marion Mailaender, ça me touche parce qu’elle a un vrai rapport au Sud. Même ici dans mon appartement à Paris j’essaie qu’il y ait quelque chose des vacances. Et elle, elle est vraiment l’essence même des vacances. »

Le Tuba Club à Marseille – Marion Mailaender

Marion Mailaender

Tuba à Marseille – © © Juliette Abitbol et Edouard Sanville

Comment avez-vous imaginé votre appartement ?

 

« Comme il est fait d’un certain nombre de chambres de bonne qui ont été réunies en un appartement, j’ai voulu conserver le plus possible l’effet d’une seule grande pièce.

Sophie Fontanel

Qui serait l’architecte qui construirait la maison de vos rêves ?

Franklin Azzi

« Je chercherais un architecte japonais, je suis passionnée par cette esthétique au ras du sol, ça me plait. 

 

Sinon, j’irais voir quelqu’un comme Franklin Azzi, j’aime bien sa sobriété. Mais je pense qu’on s’engueulerait. Parce qu’il n’aimerait pas que je fasse des nœuds en bas de mes rideaux,  mes fleurs artificielles, mes kitscheries»

Franklin Azzi

Tableau de Nicolas Kuligowski chez Sophie Fontanel

Vos règles en déco ?

 

« Contrairement à mes amies qui ont de magnifiques appartements, ayant grandi dans un milieu populaire, je n’ai pas d’a priori : je n’ai pas besoin de savoir si ce vase coûte cher, je peux mettre des fleurs artificielles sans souffrir de snobisme, avoir un coussin en point de croix…

 

J’ai acheté un tableau de Nicolas Kuligowski, il y a quinze ans. J’aimais bien l’idée qu’il ait peint mon métier, que je pourrais être une des têtes sur ce tableau. Cette toile retranscrit l’impression que j’ai d’un défilé, du lyrisme qui s’en dégage. Mais après, la cote du peintre, je n’en ai rien à faire. Je suis libre. »

Votre rapport à la douceur ?

 

« Vincent Delerm me dit que je suis une influenceuse de la douceur, ça me plaît beaucoup. J’essaie de participer à la vie de la société, à la vie française et peut-être pas seulement française. Je le fais à ma manière, en adoucissant les angles et en proposant aux gens de moins se braquer. 

 

Certains n’aiment pas du tout ma manière d’être car ils la considèrent comme une lâcheté, il faudrait “se battre”. Ma manière de me battre contre la stigmatisation des femmes qui vieillissent, ça a été de me laisser pousser les cheveux blancs, de me photographier et d’en faire un roman. Et je l’ai fait avec beaucoup de douceur et de gaieté. J’y vais l’air de rien et je raconte cette revendication très tendrement. »

© Tom Meredith ; Julien Vallon pour ELLE

Anna Karina

L’histoire de votre dernier roman Capitale de la Douceur ?

Editions Seghers

« C’est une histoire, écrite en vers, ça rime. Il y a un an je suis allée sur l’Île du Levant sachant évidemment qu’il y avait des gens nus mais ne mesurant pas tout.

Quand je suis arrivée dans cet endroit, qui s’appelle Héliopolis, j’ai trouvé ça incroyable, les gens avaient l’air paisibles. J’ai dit à mon ami que c’était une capitale de la douceur. Il m’a rétorqué que c’était le cas à 5% car les 95% restants de l’île sont occupés par une base militaire. Et j’ai compris que c’était exactement pareil pour moi : je suis un îlot de douceur dans 95% de violence.

Le livre explique pourquoi pour certaines personnes ces 5% de douceur prennent le pas sur la violence. Je me suis intéressée à la non-violence et j’y ai retrouvé le sens de mon être. Si elle a été popularisée dans les années soixante-dix, aujourd’hui cette notion a très mauvaise presse. Pourtant, devant la douceur, la violence s’épuise. L’insistance à être doux, c’est une arme. »

Vos rituels d’écriture ?

 

« Au début j’écris chez moi, il me faut quelques heures devant moi. Une fois que j’ai avancé, je me mets à dicter. Quand on ne peut plus s’arrêter d’écrire, il faut que ça sorte, que je bouge, que je m’allonge. Donc dicter, c’est idéal. Puis, je re-travaille huit cents fois. À partir du moment où je suis dans le livre, il s’écrit tout seul et après, moi, ce que je fais, c’est retravailler, retravailler, retravailler. »

© Sophie Fontanel

Votre rapport à Instagram ?

 

« Le lien avec les gens sur Instagram, c’est assez fou. Il y a longtemps, à l’époque où il y avait les blogs, j’ai décidé de me mettre en lien avec les gens. J’ai décidé de partager ce que je vis professionnellement : ma passion pour la mode, pour le vêtement, pour la beauté, pour l’apparence. Je suis devenue une spécialiste de ça. Et Instagram est un espace privilégié où en parler. »

© Sophie Fontanel

© Sophie Fontanel

Pourquoi les selfies ?

 

« C’est amusant d’aller tous les matins à la rencontre de soi-même devant un miroir et de se dire “ À quoi je ressemble ? ”, “ Qu’est ce que ça donne ? ”.

 

Pour moi Instagram, c’est une part d’un travail artistique. Ça part d’un vrai projet, un projet lié fondamentalement à un besoin intérieur, pour voir comment le temps passe sur moi, qu’est ce qui passe, comment j’y arrive. »

Trois comptes Instagram à suivre ?

Les personnalités avec qui vous aimeriez dîner ?

 

« Je pense à des gens mais je ne sais pas s’ils seraient très sympas. Peut-être Cary Grant mais il ne m’adresserait pas la parole… !

 

Françoise Sagan, Agnès Varda et Jawaharlal Nehru, ça ferait un diner dément. Et le réalisateur Yasujirō Ozu, comme ça je suis vraiment sûre qu’il ne parlera pas. On peut aussi rajouter Mickey. »

La dernière adresse qui vous a bluffée ?

Dover Street Little Market – Paris © David Foessel

« Le nouveau magasin Dover Street Market dans le Marais. Je suis passée à l’installation et j’ai eu le sentiment que quelque chose se passait là-bas. Déjà, c’est plus spacieux que Colette, tout est intégré. On y voit un milieu alternatif, des choses vertueuses, des soucis d’écologie. J’ai trouvé que cet endroit était intéressant.

La Revue Vertbois promotion sur la rue Vertbois

Je suis aussi allée à l’inauguration de la rue du Vertbois et j’ai été fascinée par la ​​boboïtude du truc, c’est vraiment merveilleux. C’est génial ce petit village, cette volonté de se créer un mini Brooklyn. Ça m’a plu. »

Le musée où retourner toutes les semaines ?

 

« J’écris un livre avec le Louvre qui s’appelle “Le grand défilé de mode du Louvre”. Je passe donc beaucoup de temps là-bas et je dois dire que ça lave l’esprit. Ça apaise. Ce n’est même pas tant de voir la beauté, c’est de voir ce que l’art nous laisse comme traces de ces visages. 

 

Défilé Women’s SS 2022 Louis Vuitton au Musée du Louvre

Là-bas, ça m’amuse de réfléchir à la différence entre l’Homme et l’artiste : tous ces gens, si ça se trouve, c’était des enfoirés et maintenant ils ne sont plus là, il n’y a plus que leurs œuvres. À notre époque, la notoriété donne trop d’importance à l’artiste. Même si j’adore lire “Monsieur Proustde Céleste Albaret pour savoir comment il était, la seule chose qui compte finalement c’est son œuvre.

 

Le Louvre ça amène à ce genre de pensées, à se poser des questions sur “ Qu’est ce qu’est la beauté d’une femme ? ”, à repenser les critères de beauté à travers le temps. Si vous n’avez pas cette espèce d’enrichissement de perceptions par l’art, bien-sûr, vous pouvez tout à fait très bien vivre. Mais si vous y avez accès : vous jubilez, non ? »

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