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Goodmoods

L’exploration spatiale de

CONSTANCE GUISSET

True Story

15 juillet 2021

Constance Guisset, lauréate du prix du public à Hyères en 2009, est revenue cette année en tant qu’invitée d’honneur sur le lieu qui a marqué le début de sa carrière. Elle propose à la Villa Noailles une scénographie à la fois lunaire et terriblement actuelle. Les différentes salles, entre voyage spatial énigmatique et paysage désertique coloré, sont pensées comme une métaphore du travail du designer et de son atelier de création.

 

On y retrouve ce qui fait l’essence du travail de Constance Guisset, cet équilibre entre ergonomie, finesse et imaginaire, ainsi que quelques-unes des pièces ayant marquées sa carrière, comme la lampe Vertigo éditée par Petite Friture. Rythmé, fantasmé et philosophique, le voyage ‘’Objectif Villa’’ est un bel hommage aux beautés de la nature et à la passion de Marie-Laure de Noailles pour l’astronomie. Décollage immédiat.

Constance Guisset

Comment est né “Objectif Villa !” ? 

 

« Il y a 13 ans, j’ai gagné le prix du public quand j’étais à la Villa Noailles. Je me suis intéressée à Marie-Laure et Charles de Noailles, des personnages extraordinaires, fantasques, mécènes, intéressants et intéressés par tout, ça me parlait beaucoup. Alors quand Jean-Pierre Blanc m’a invité à présider le jury cette année, j’y ai vu l’occasion d’imaginer un projet en lien avec Marie-Laure de Noailles. Elle a toujours été fascinée par les OVNIS, avec une vision un peu amusante de l’espace, entre le fantasme et l’intérêt scientifique. »

© Constance Guisset Studio
Lampe Apollo, 2020 © Constance Guisset Studio

Quels ont été vos inspirations ? 

 

« L’espace et son esthétique m’ont toujours beaucoup influencé, on le voit dans mes objets, installations et décors. C’est très important pour moi de créer des projets qui sont à la fois évocateurs, avec une forme de poésie, mais aussi en lien avec l’actualité. Et, en ce moment, on voit beaucoup Thomas Pesquet qui change ses capteurs solaires en direct de sa station internationale, ou de nombreux débats sur de futurs voyages sur Mars. Il y a vraiment quelque chose autour de l’exploration qui est revenu ces derniers temps. »

Comment a évolué le projet  ?

 

« J’ai commencé à réfléchir à ce projet il y a deux ans et, au début, j’avais une vision un peu plus sombre. Mais avec le temps, la crise du covid et toutes les créations que j’ai pu faire, autant en dessin qu’en photos, j’ai pensé que c’était plus intéressant d’apporter de l’optimisme, du soleil. Ces derniers temps ont été extrêmement durs pour tout le monde. C’est ainsi que le récit s’est construit petit à petit – j’ai mis du temps à dessiner et à trouver les bonnes couleurs. Et finalement j’ai beaucoup ri en concevant cette exposition ! »

© Constance Guisset Studio

Quelle histoire racontez-vous ?

 

« Je raconte l’histoire d’une découverte, celle de la “Planète Noailles”, comme une exploration de la villa conçue par Robert Mallet-Stevens. Je l’ai appelée Objectif Villa en référence à l’album de Tintin Objectif Lune. J’imagine qu’on se situe dans un futur indéterminé et que je découvre ce lieu de design et de création qui s’est transformé, à travers quatre salles, en station spatiale fantasmée. »

Comment sont pensés les différents espaces ?

 

« Il y a un espace qui incarne une cabine de travail à l’arrêt, évoquant le quotidien du designer ; un autre une salle des machines avec pour commandes de petits objets détournés de leur fonction. Ou encore un lieu apaisé, sorte d’oasis où se retrouvent des objets dans un décor montagneux coloré, et un dernier endroit symbole de lien entre la nature et l’artifice, entre objets rêvés et objets réalisés. »

© Constance Guisset Studio
© Constance Guisset Studio
© Constance Guisset Studio

Le concept de cette scénographie ?

 

« Je voulais montrer la manière dont la nature nous inspire, le fait de regarder la mer et son ressac, la mousse, le sable, tout ce qui peut nous apporter des sensations. En fait, avec cette scénographie, je montre la terre depuis l’espace. »

© Constance Guisset Studio

Un adjectif pour décrire la Planète Villa ?

 

« Héliotropique. »

© Constance Guisset Studio

Les matériaux spécifiques de ce projet ?

 

« J’ai utilisé des flocons de papiers noirs pour recouvrir le sol de la salle squash, j’avais déjà exploité ce matériau pour une scénographie à la Scala. Je l’ai réutilisé car je trouvais que c’était assez beau, c’est une métaphore des cendres des projets qui n’ont pas été retenus, qui n’ont pas aboutis. Ici, ils deviennent comme un terreau pour les projets futurs. »

Les messages cachés de cette scénographie ?

 

« Aucun message n’est réellement caché, il faut simplement être attentif. Mais j’essaie toujours de penser des scénographies qui parlent à la fois aux plus jeunes, avec des effets des surprises et des éléments cachés sous les étagères, et aux personnes plus concernées par le design. Il y a notamment beaucoup de messages indirects sur le désir de création dans tous les textes que j’ai écrits sur la mer. »

Y a-t-il un lieu innovant ou futuriste que vous voulez visiter ? 

 

« Ils viennent d’ouvrir à Rome la maison de Giacomo Balla, un artiste futuriste italien. Ça a l’air fou ! »

La bande-son de la Planète Villa ? 

 

« Dans l’exposition, la musique a été faite par le jeune studio MBC, ils font des compositions vraiment intéressantes. Mais si je devais donner un exemple de musique qui pourrait bien aller avec l’exposition, je dirais la musicienne électro Chloé. »

Outer Space

Outer Space (Revisited)
Chloé Thevenin
VOIR
Croquis de Constance Guisset - salle squash

Comment le lauréat du concours de design a t-il été choisi ?

 

« On voulait récompenser quelqu’un qui soit parvenu à transformer la recherche en une réalité. Ce passage est très délicat et on y perd souvent beaucoup donc, quand le projet continue à être bien alors qu’il est réalisé, on peut dire qu’il est réussi. On a tenu à récompenser les designers qui étaient allés jusqu’au bout de  leur processus créatif et de leur projet d’étude. »

La scénographie à la Design Parade de Toulon qui vous a le plus marqué ?

 

« Le Grand Prix, le projet A Benidor d’Edgar Jayet et Victor Fleury. J’ai bien aimé la poésie de leur réflexion et le mouvement du rideau le long de cette paroi. Et je trouvais intéressant et assez innovant d’avoir un endroit qui évolue. »

Edgar Jayet et Victor Fleury, Grand Prix 2021 © Luc Bertrand

Votre vision du métier de designer a-t-elle évolué avec les années ?

 

« Non, je pense que les designers étaient déjà assez conscients d’un certain nombre de questions aujourd’hui très actuelles, comme l’écologie par exemple. En revanche, aujourd’hui il y a plus d’écoute et donc plus d’impact possible. Et le rapport au temps a peut-être changé également. A l’époque, les designers enchaînaient beaucoup les collections et c’est vrai que j’espère qu’on va revenir à des rythmes un petit peu plus raisonnables. »

© Pierre Mouton
Moodletter

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