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Goodmoods

Godefroy de Virieu raconte

La Re-Création de petit h

True Story

11 mars 2021

Les ambiances d’ateliers, les objets du quotidien, la rencontre improbable de matières, voilà ce qui anime le designer français Godefroy de Virieu.

 

Complice des premiers jours de Pascale Mussard – arrière-arrière-arrière-petite-fille de Thierry Hermès – c’est tout naturellement qu’il s’engage en 2018 dans l’aventure Hermès – petit h pour remettre en selle les artefacts de la maison.

 

Exposé depuis quelques jours au magasin du Faubourg Saint-Honoré, le dernier projet petit h s’articule autour de l’arçon. Cet élément de la selle se voit détourné en pièces uniques : luge, chaise, guitare, panier qui font écho aux prémisses d’Hermès. Ainsi ces « re-créations » naissent de détournements audacieux et surtout d’échanges entre artistes et artisans. Godefroy de Virieu nous raconte la genèse de ces rencontres libres et ré-créatives.

Godefroy de Virieu

Atelier petit h © Christophe Urbain

Quel est votre parcours ?

 

« J’ai fait l’ENSCI à Paris. Ensuite, j’ai tout de suite commencé à travailler en allant voir des petites fabriques, parce que j’adore les lieux de fabrication, là où les gens font les choses, donnent naissance. J’aime les histoires d’ateliers, de petites entreprises, pas uniquement artisanales mais aussi industrielles. J’ai commencé à travailler pour le département équitation d’Hermès, et cela bien avant petit h. Je me souviens avoir dessiné mon premier objet, un tire-botte en bois et cuir. »

© Atelier petit h

Comment avez-vous rencontré Pascale Mussard, la fondatrice de petit h ?  

 

« J’ai rencontré Pascale en 2002 à un salon Maison&Objet, on a très vite sympathisé ! Quand elle a créé petit h, elle m’a appelé et m’a exposé son projet, ses motivations, et beaucoup d’histoires passionnantes au sujet de la matière. La matière chez Hermès est tellement belle, que toutes les matières non utilisées sont inspirantes. La création chez petit h procède à rebours puisqu’on y travaille non pas à partir d’une idée préconçue mais des matières dont les autres métiers n’ont plus l’usage et avec lesquelles artisans, artistes et designers improvisent en les combinant de mille et une matières. »

Pascale Mussard – Photos : Vincent Leroux

La Bûche à trésors par petit h et Lenôtre

Une anecdote sur votre rencontre ? 

 

« Pascale ne jette rien du tout, et ce depuis toute petite. Un jour, elle m’a raconté une histoire qui m’a marqué : elle allait rendre visite à son grand-oncle, Robert Dumas au Faubourg Saint-Honoré, celui-ci a ramassé un bout de cuir tombant d’un établi et à demander à un artisan d’en faire une pochette. A la fin de la matinée, la pochette était faîte et disposée en vitrine ! »

Miroirs à poser en taurillon – petit h

Atelier petit h © Christophe Urbain

La genèse de petit h ? 

 

« En 2010, Pascale Mussard a souhaité réunir dans un même lieu les différents savoir-faire de la maison pour donner naissance à des objets à partir des matières non utilisées de tous les métiers Hermès comme le cuir, la soie, le textile, le cristal, la porcelaine… »

 

© Atelier petit h

© Atelier petit h

© Atelier petit h

© Atelier petit h

« Son coup de génie, c’est le lien très fort qu’elle a souhaité garder entre la partie fabrication et la création pour toujours être moteur d’innovation. Laisser une totale liberté à l’artiste et l’artisan, qui travaillent main dans la main, voilà la vraie démarche de création ! »

 

© Atelier petit h

Comment naît une création : par un croquis ou une réflexion sur la matière ?

 

« Je dessine très mal, je préfère assembler. On retrouve chez petit h cette idée d’assemblage. Un jour, un professeur de design m’a dit : « le design ce n’est pas compliqué, c’est savoir assembler ». Lorsque l’on a ça en tête, on comprend très vite et on lâche le crayon, on assemble les idées et matières. Évidemment il ne faut pas oublier la nécessité et le besoin de l’objet en question. »

Le premier objet que vous avez créé pour petit h ? 

 

« Le cale-porte galet est un des premiers objets que j’ai proposé à Pascale. C’est un objet toujours édité, intemporel, pour un usage au quotidien. Il fait partie des objets qui rappellent le fondement du projet petit h : créer de beaux objets utiles et surprenants. »

Le galet cale-porte – petit h

l’heure de la re-création !

Chaise Arçon – petit h

Quelle est la genèse du tout dernier projet Arçon ?

 

« Au départ, je souhaitais imaginer une collection entière de masques à partir de l’arçon, puis en échangeant avec les designers, je reconnais avoir fait fausse route. Ils ont tous eu envie d’imaginer autre chose ! Cette concertation a donné naissance à une collection bien plus diversifiée avec des objets comme une chaise (imaginée par Christian Astuguevieille), une balançoire à bascule de Gilles Jonemann, une luge de C&Py, une guitare électrique, un panier… Toutes ces créations ont été imaginées à partir des arçons que nous avons récupéré du conservatoire des créations Hermès. »

Luge Arçon – petit h

« L’idée est de valoriser la créativité des designers, de faire confiance aux artisans qui ont cette force de sublimer les objets, ils trouvent souvent des solutions qui font évoluer la création. »

Un mot pour décrire la collection Arçon ? 

 

« Rencontres : le projet Arçon a été l’occasion pour petit h d’explorer de nouveaux territoires, de nouveaux savoir-faire, comme nous l’avions fait il y a plusieurs années avec le terrazzo petit h, créant ainsi une nouvelle typologie d’objets, avec de nouveaux usages. »

Panier en osier Arçon – petit h

Pourquoi le choix de l’arçon, que vous évoque-t-il ? 

 

« Je vois l’arçon comme une composante, un squelette, une pièce invisible. De cette colonne vertébrale peut naitre l’idée d’exploration et de rencontre. Il y a cette idée de se déplacer tout en étant posé, assis. Et j’aime bien cette forme courbée dans l’arçon, son ergonomie naturelle, sa forme qui s’adapte et vient épouser le corps. Ce qui est fort dans cette collection, c’est la portée symbolique du squelette interne de la selle, qui rappelle la genèse d’Hermès. »

Balançoire à bascule arçon – petit h

Briand & Berthereau – Vase Arçon petit h

Combien de pièces composent la collection Arçon ?

 

« Il y en a 8 et d’autres sont à venir. »

Comment choisissez-vous les artistes ou designers ?

 

« Je les choisis parce que je vois un lien entre leur travail et celui de petit h. J’essaie toujours d’aller à la quête de nouveaux talents, je ne veux pas d’un style unique, je souhaite qu’on innove constamment. »

Salière en cristal bouton nacré – petit h

Un objet fétiche ?

 

« La salière est un objet que j’adore montrer, elle amène une forme de joie, c’est un plaisir de découvrir une création qui réenchante le quotidien ! On parle de salières que l’on a connu, ces fameuses salières de cantines qui font partie de notre mémoire collective et qui d’un seul coup avec un bouton, du cristal taillé, deviennent un objet précieux et inattendu : c’est cela qui apporte une forme de joie. »

Salière – petit © Matthieu Raffard

© Atelier petit h

Quelles sont les techniques particulières utilisées ?

© Atelier petit h

© Atelier petit h

« La grande force de petit h est d’en inventer tous les jours ! Il y a une vraie culture du partage, tous les artisans échangent entre eux et découvrent constamment de nouvelles méthodes. »

 

« Tous, ont une connaissance parfaite de leurs techniques et mettent ce savoir-faire au service des créations quotidiennes d’assemblages. Ainsi, des matières qui ne sont initialement pas connectées au cuir ou au textile se rencontrent. On me dit que beaucoup de gens ont envie de venir travailler chez petit h parce qu’il y a cet esprit de liberté, et d’expérimentation on se croirait presque dans un laboratoire. J’aime parler de matière libre chez petit h ! »

© Atelier petit H

Un artiste qui vous inspire ? 

 

« Il y a une vidéo de Marc Bretillot intitulée F(l)ood que j’adore. Pour moi, c’est un designer que l’on a mis dans une boîte culinaire ! Un groupe d’amis arrive à marée basse sur la plage pour organiser un festin sur la plage. Ils font un feu, construisent une table avec du matériel récupéré sur la plage. Ils font cuire un canard dans de la mie de pain, ils inventent tout avec ce qu’ils ont sous la main. Cette réflexion sur nos ressources, sur la matière m’a beaucoup inspirée. On retrouve presque une démarche archaïque dans ce processus, mais toujours avec une sophistication incroyable. »  

F(l)ood

Une collaboration récente avec un artiste que vous appréciez ?

 

« J’ai par exemple fait appel au japonais Katsumi Komagata. Il imagine des livres pour enfants et manie l’art de l’image à la perfection. J’adore son univers, je l’ai donc contacté en lui disant que j’aimerais beaucoup transposer son univers au monde de l’objet. Il s’est prêté au jeu et a imaginé des objets pour nous. »  

Katsumi Komagata – petit h

L’objet le plus fonctionnel, le plus élégant et le plus drôle ?

Croquis guitare par Godefroy de Virieu

« L’objet le plus drôle, c’est un projet qui n’a pas été fait, c’est un dessin de ma fille, elle a imaginé un caddie en osier et a mis l’arçon en guise de poignée ! Quant à la guitare que nous avons créée, c’est un des objets les plus inattendus, sur lequel nous avons travaillé en étroite collaboration avec un luthier parisien. C’est un nouveau territoire que nous avons eu à cœur d’explorer. La balançoire, est une des premières créations que j’avais imaginé au début de petit h, elle reprend les codes de l’équitation avec ces 2 étriers fixés sur une planche de bois gaînée de cuir. »

Miroir – petit h © Eugenia Sierko-Rouchon

BasketBall – petit h © Matthieu Raffard 

Champignon presse papier © petit h

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