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Le projet au palais bourbon de

Alexandre Benjamin Navet

True Story

il y a 2 semaines

“La couleur est au centre de mon travail” confie Alexandre Benjamin Navet. L’artiste, qui a su séduire grâce à ses toiles flamboyantes à l’innocence enfantine multiplie les collaborations : il a signé pour Codimat une collection de moquettes et tapis, a investi la 5e Avenue de New York City à la demande de Van Cleef & Arpels, transformé la cour de l’Hôtel de Crillon en Yacht Club, réinventé les façades de l’Hôtel des Arts de Toulon ou encore imaginé des vitrines pour Hermès Petit H.

 

S’il se forme au métier de designer à l’école Ensci Les Ateliers, le dessin reste son moyen d’expression de prédilection. A l’occasion de sa prochaine exposition, une Carte Blanche proposée par l’Assemblée Nationale pour laquelle il a imaginé cinq sculptures monumentales, des vases assemblés sous forme de totems, le Parisien revient sur son amour des pigments, les artistes qui l’ont marqué et, évidemment, les défis qu’il a su relever pour mener à bien ce projet. À découvrir au sein du palais Bourbon pour une durée de trois mois dès le 22 mars 2023.

La couleur a-t-elle toujours été présente dans votre quotidien ?

 

“Lorsque j’étais enfant, mes parents m’ont offert une grande boîte de crayons. En dessinant, je m’amusais à sortir de la feuille et crayonnais sur les murs. Déjà, je m’affranchissais des frontières. J’avais cet amour de la couleur et, en visitant le Musée national Fernand Léger, à Biot, j’ai été émerveillé par l’œuvre de cet artiste. Sa façon de travailler les nuances et de multiplier les supports m’a beaucoup inspiré.

La couleur est au centre de mon travail. Je collectionne les pigments, m’intéresse aux livres sur les nuances tels que An Atlas of Rare & Familiar Colour: The Harvard Art Museums’ Forbes Pigment Collection (Atelier Edition), un ouvrage magnifique qui évoque une flopée d’aventures de chercheurs, ou encore Les couleurs de l’Occident: De la Préhistoire au XXIᵉ siècle d’Hervé Fischer (Gallimard).

Je suis né à Paris, ai fait mes études dans la capitale et suis ensuite parti découvrir le monde. Je me suis aussi baladé en France, notamment dans le Sud Est, une très belle région. La Méditerranée m’a amené une autre vision de la couleur et mes différents projets avec la Villa Noailles, à Hyères, m’ont permis d’affirmer ces tons toniques – sur la Côte d’Azur, les orange sont très puissants. Puis, j’ai découvert l’aquarelle au Japon, les vert mousse. Toutes ces expériences et mes voyages me permettent d’enrichir ma palette.”

Comment explorez-vous la couleur ?

Alexandre Benjamin Navet pour Van Cleef & Arpels

Alexandre Benjamin Navet pour Van Cleef & Arpels

“Tout l’intérêt de mes diverses collaborations est que je peux aller encore plus loin dans l’expérimentation. Pour Van Cleef & Arpels, j’ai cherché les bons pigments pour reproduire la palette pierres précieuses qui m’a tant fasciné. 

Pour mes tableaux, je travaille couleur après couleur, elles ne se mélangent pas, sont traitées de manière pure afin de faire exploser leur puissance chromatique. Evidemment, chacun interprète les couleurs différemment, je laisse donc le spectateur libre de se créer son propre imaginaire.”

Alexandre Benjamin Navet pour Van Cleef & Arpels

Quels sont les artistes qui vous inspirent le plus ?

 

“Ce sont plutôt des souvenirs que des influences. Évidemment, je continue d’admirer Fernand Léger. Je nourris également une passion pour David Hockney : nous sommes liés par cet amour de la couleur.

Fernand Léger, Grand tournesol

David Hockney

Shirley Jaffe

Fernand Léger, Grand tournesol

Shirley Jaffe

David Hockney

J’aime aussi beaucoup Shirley Jaffe, une américaine expatriée à Paris après la guerre. Je trouve son approche de la forme et de la couleur géniale. Les décorateurs de théâtre des années 50 me passionnent aussi beaucoup.

Quels sont vos matériaux de prédilection ?

 

“Je privilégie les outils denses en pigments. J’utilise principalement les pastels à l’huile, même s’il m’est arrivé de m’amuser avec de l’aquarelle japonaise. Mais hautement pigmentée, qui se rapproche de la gouache.”

Galerie Derouillon – Alexandre Benjamin Navet – Jardins

Galerie Derouillon – Alexandre Benjamin Navet – Jardins

Galerie Derouillon – Alexandre Benjamin Navet – Jardins

Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce projet réalisé pour l’Assemblée Nationale ?

Croquis Assemblée Nationale – Alexandre Benjamin Navet

Alexandre Benjamin Navet au Palais Bourbon, Assemblée Nationale

Croquis Assemblée Nationale – Alexandre Benjamin Navet

“La Présidente de l’Assemblée Nationale désirait donner carte blanche à un artiste pour une durée de trois mois. La galerie Derouillon, qui me représente, a été contactée et rapidement mon nom a été évoqué. Je me suis donc rendu une première fois au palais. J’ai pu déambuler, découvrir les lieux et les monuments, et m’imprégner des ornements.

Alexandre Benjamin Navet au Palais Bourbon, Assemblée Nationale

Croquis Assemblée Nationale – Alexandre Benjamin Navet

J’ai été frappé par la solennité de la Cour d’Honneur. La façade du bâtiment, de ce côté-ci, m’a beaucoup plu. Puis on continue et on arrive au Jardin des Quatre-Colonnes. L’une de mes dernières expositions s’intitulait “Jardins” et j’ai fait en parallèle un travail sur les jardins anglais avec l’institut français de londres [« Jardins et Paysages – Carte Blanche à Alexandre Benjamin Navet », 2022, NDLR] – cette thématique me touche donc beaucoup – je suis très attiré par les espaces verts. A la suite de cette visite, j’ai réalisé une série d’esquisses sur ces deux espaces. 

 

Une fois le projet validé, je suis retourné à l’Assemblée Nationale, ai photographié les ornements, ce que je n’avais pas osé faire auparavant : je suis toujours plus à l’aise lors du second repérage. La cité est un sujet qui m’intéresse, et pouvoir m’exprimer à l’Assemblée Nationale me semble un bon moyen de favoriser plus de porosité en y invitant le public et en en faisant un lieu d’échanges.”

Alexandre Benjamin Navet au Palais Bourbon, Assemblée Nationale

Croquis Assemblée Nationale – Alexandre Benjamin Navet

Pourquoi avoir choisi les totems comme support pour ce projet ?

 

“Pour la première fois, mes dessins quittent la surface plane et s’épanouissent sous la forme de sculptures en trois dimensions. Ces totems sous forme de colonnes répondent à la belle verticalité présente dans ces deux espaces et se fondent naturellement dans ce paysage. J’ai voulu en faire une forêt à travers laquelle les visiteurs peuvent déambuler. Et puis, leur forme élancée leur permet d’être visible de loin sans entraver la bonne circulation.

Galerie Derouillon – Alexandre Benjamin Navet – Jardins

Pourquoi avoir choisi les vases comme objets de départ de ces totems ?

 

J’ai étudié l’objet à l’école Ensci Les Ateliers. Je lui rends donc hommage dans mes œuvres : vases et tabourets y sont omniprésents. Mais il est vrai que j’entretiens une relation particulière avec ce contenant que je collectionne. Les vases sont des objets de souvenir, de moments, de mémoire : ils me rappellent les lieux où je suis allé ou des personnes en particulier.

Alexandre Benjamin Navet au Palais Bourbon, Assemblée Nationale

Galerie Derouillon – Alexandre Benjamin Navet – Jardins

Alexandre Benjamin Navet au Palais Bourbon, Assemblée Nationale

Galerie Derouillon – Alexandre Benjamin Navet – Jardins

Vous avez continué dans votre lancée des très grands formats, pourquoi favorisez-vous la grande échelle ?

“En effet, mon travail tend de plus en plus vers la grande échelle. Cette Carte Blanche s’inscrit dans une série de projets tels que les Façades Chromatiques de Nantes, l’Hôtel des Arts de Toulon ou encore ma collaboration avec Van Cleef & Arpels qui mettent en scène objets, sculptures et décors dans la ville. ”

Façades Chromatiques de Nantes

Quelle est l’œuvre qui vous a particulièrement inspiré pour ce projet ?

“La Tour aux figures” de Jean Dubuffet, située à Issy-les-Moulineaux

“La Tour aux figures” de Jean Dubuffet

“La Tour aux figures” de Jean Dubuffet, située à Issy-les-Moulineaux, en bord de Seine. J’y ai pioché la façon dont il a traduit son dessin en volume d’un point de vue technique. Et puis, c’est une œuvre vivante, dans laquelle on peut entrer. J’ai toujours voulu repousser les frontières de la simple feuille de papier ou de la toile blanche. Souvent, lorsque j’investis un espace, je ne me restreins pas à ces cadres. Je cherche à plonger le spectateur dans mes carnets de croquis et à créer un univers global. J’aime qu’il se balade dans mes œuvres.

Quel a été le plus gros challenge dans la réalisation de ces totems ?

“La grande difficulté a été de traduire mes dessins en pièces monumentales en trois dimensions. Pour cela, il y a eu plusieurs étapes : j’ai d’abord esquissé mes totems au crayon, puis travaillé avec un céramiste qui en a fait des sculptures miniatures. Enfin, la forme est traduite à grande échelle, ce que nous faisons en ce moment, dans les ateliers d’Actes 2, qui me permet d’avoir accès au matériel et aux artisans nécessaires.

 

Nous avons par ailleurs dû répondre à des contraintes de poids, ce qui ajoutait un défi supplémentaire. Pour cela, nous avons utilisé du polystyrène : Manu, aidé d’un fil chaud, de râpes et autres brosses, façonne la matière en se rapprochant le plus possible des modèles réduits. Puis, les structures sont recouvertes d’un enduit conférant aux sculptures un aspect organique assez bluffant. A ce moment-là, j’y esquisse mes motifs en utilisant mes pastels à l’huile fétiches comme je l’aurais fait sur une toile blanche. Le tout est enfin recouvert d’un vernis afin d’en assurer la pérennité, de les protéger contre les intempéries. J’ai été particulièrement heureux de constater à quel point Manu avait été fidèle à mon travail et à mes intentions.”

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