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Goodmoods

Le mood de

Charlotte Macaux-Perelman et Alexis Fabry

Elle est architecte. Il est commissaire spécialisé dans le domaine de la photographie latino-américaine et éditeur. Ensemble, ils assurent la cohérence, la pertinence et la fantaisie d’Hermès Maison. Charlotte Macaux-Perelman et Alexis Fabry sont les chefs d’orchestre du mobilier et des pièces de décoration : des créations à ressentir qui jouent avec des matières brutes et naturelles. Pour les imaginer, un dialogue se noue entre les designers invités, Charlotte et Alexis, et l’artisan avec sa part de liberté et d’interprétation… Une discussion qui implique un temps long, un savoir-faire singulier et un « accident créatif » mesuré.

 

À un moment où tout semble s’abstraire, s’éloigner, Charlotte et Alexis explorent le langage de la matérialité, ramènent au réel, donnent sens au toucher. Une ode au tactile révélée dans leur installation « Matières à réflexions » au Salone Del Mobile à Milan, en septembre dernier. Rencontre avec un duo dans l’air du temps.

Milan 2021 - Hermès © Maxime Verret

Les dessous de votre scénographie pour Hermès ?

 

Charlotte : « Après la période que l’on vient de passer, nous avions envie de fraîcheur, une forme de légèreté. Le travail autour des dessins nous tient à cœur chez Hermès et fait partie de notre quotidien. On travaille avec beaucoup d’artistes, on adapte leurs dessins sur des objets, des plaids. Cela me fait penser par exemple à l’école de Casablanca, tout ce travail sur les murs, sur la ville… Il est intéressant de voir les dessins à très grande échelle.

 

Pour cette scénographie, nous souhaitions parler de matérialité que l’on retrouve beaucoup dans nos objets cette année, volontairement laissée plus visible par rapport aux collections précédentes. C’est vrai que cette fois-ci nous nous sommes permis d’avoir un geste de la main un peu plus notable sur les pièces.

 

Il est important pour nous d’exprimer ce travail de graphisme et d’échelle plus architecturale sur nos projets. »

Les inspirations derrière les motifs géométriques réalisés pour Milan ?

 

Charlotte : « Ce sont des motifs qui sont dans nos collections, il y a beaucoup de dessins de Gianpaolo Pagni qu’on retrouve notamment sur nos plaids blanc. »

Milan 2021 - Hermès © Maxime Verret
Plaid Avalon Paper Block - Hermès
Hermès

Si on devait choisir un mot pour résumer l’installation ?

 

Alexis et Charlotte : « Je pense que ce serait le graphisme, même si ce n’est pas la seule chose car le graphisme s’applique sur une matière. On peut y ajouter texture, cette envie d’avoir une architecture peinte. Oui, graphisme et texture. »

Milan 2021 - Hermès © Maxime Verret

Quelle est la question qui revient en leitmotiv dans cette collection ?

Alexis : « On essaye toujours de se demander quelle limite d’irrégularité est admissible. Il se trouve que nous avions cette année plus d’objets que d’habitude qui penchaient vers cette irrégularité. Par exemple le fauteuil de Bijoy en microfibre de cellulose, les tables en pierre  mais aussi le cuivre émaillé…

Milan 2021 - Hermès © Maxime Verret
Milan 2021 - Hermès © Maxime Verret

Nous pouvons parler d’accident, il y a souvent un degré qui doit être bien mesuré, anticipable, un degré accidentel qu’on apprécie et qui s’ajoute à la beauté des objets. Il y a des objets et des pièces de mobilier notamment qui ont une présence particulière, quelque chose d’assez mystérieux, une forme d’opacité. On a pu le retrouver cette année pour les pièces de mobilier de Jasper Morrison qui ont une véritable densité émotionnelle. »

Comment travaillez- vous avec vos designers pour provoquer cet accident maîtrisé ?

 

Charlotte : « Les designers ont carte blanche, mais certaines pièces et certaines matières sont plus porteuses de cet accident. Par exemple le fauteuil de Bijoy avec la cellulose qui est une matière vivante.

 

C’est un travail d’équipe entre le designer, nous et l’artisan avec sa part de liberté et d’interprétation… C’est la façon dont travaille Bijoy Jain, il crée de l’architecture et des objets contemporains en utilisant des savoirs faire vernaculaires de son pays. Il y a ce respect avec ses artisans et ce travail de la main. C’est à partir de là, de sa vision très contemporaine, ce geste très visible dans son travail. »

Studio Mumbai de Bijoy Jain © Jeroen Verrecht
Chaise de Jain pour Hermès - Studio Mumbai

Alexis : « Avec Charlotte, on s’interroge année après année sur la place du cuir dans la collection. Comment nous exprimer sans nécessairement que le cuir soit un des recours. La couleur c’est évidemment important, il y a chez Hermès un appétit de couleur, comment nous exprimer sans le rapport à la couleur ? Exemple de nos plaids et Quilts entièrement blanc, on voulait travailler l’exceptionnel, une forme de somptuosité avec le blanc.

 

En faisant le meuble de Bijoy nous avons fait un meuble peint, jamais on ne se serait autorisé ça avant. On se pose la  question, et si on essayait avec un peu moins de régularité ? L’accident admissible comme on aime l’appeler. »

Hermès - Milan design week 2021
Charlotte Macaux Perelman et Alexis Fabry © Matthias Ziegler

Comment avez-vous travaillé en tandem à Milan ?

 

Alexis : « C’est Charlotte qui fait les pavillons chaque année. Elle a la générosité de m’en parler, de m’informer de la façon dont elle travaille, c’est son œuvre. »

 

Charlotte : « Pour les collections ensuite, c’est nous ensemble. Nous sommes en discussion permanente et souvent d’accord. »

Lampe Hermès par Tomás Alonso © Eric Poitevin

Comment vous jouez et travaillez avec la notion du temps ?

 

Charlotte : « C’est l’une des premières questions que l’on s’est posé, d’abord la place du cuir puis ensuite la place du temps. Le temps est long chez Hermès, ce qui était très important pour nous c’était de ne pas créer de rupture avec ce qu’il s’était passé. Ce qui avait été créé avant, dans la continuité du patrimoine, des valeurs, mais d’être dans notre époque. Et évidemment de traverser les époques »

 

Alexis : « Il y a encore une fois ce point d’équilibre compliqué, il faut être à la fois suffisamment loin de l’époque pour pouvoir la surmonter, et en même temps il faut savoir être suffisamment nourris de cette époque pour la traduire. On se permet des temps très longs. On fait des objets qui ont des qualités de robustesse pour durer, encore faut-il qu’il soit séduisant le temps passant. »

 

Charlotte : « Ce qui est sûr c’est que dans la qualité, on s’attache à la durabilité, à la bonne fabrication. »

 

Qu’est-ce qui a façonné votre goût ?

Charlotte : « Je pense que ce qui fait la force de notre tandem, ce sont nos métiers respectifs qui façonnent notre goût. Mon background d’architecte et mes inspirations ont vraiment façonné mon goût. Mes lectures aussi car je lis beaucoup sur l’architecture. Je viens juste de lire une monographie de l’architecte égyptien Hassan Fathy. Il traite de l’architecture de Terre, de la lumière, tout ça me nourrit énormément.

Vide poche Alberto Giacometti
Vide poche Alberto Giacometti

Et aussi, je pense qu’on a été choisi pour notre goût pour les objets, c’est vrai qu’on partage ça ensemble avec Alexis. Je collectionne personnellement de la céramique, de la vannerie, beaucoup de pièces que j’ai ramenées de mes différents voyages ou que je recherche… »

Forme, fonction ou fantaisie ?

 

Charlotte : « On n’en exclut aucun des trois, on ne fait pas juste des objets décoratifs. 

 

Le mot que nous aimons bien c’est la justesse, il peut avoir un équilibre curieux et incertain avec la fonction et la fantaisie. Pour la fantaisie, c’est vrai qu’il y a certaines pièces qui sont peut être plus porteuses de fantaisie. La fonction c’est une certitude, il faut répondre à cette exigence.

 

Jasper Morrison le fait merveilleusement bien. Cette chaise qui existait et qu’il a redessinée pour nous, il était très conscient de sa fonction, il s’est attaché à l’ergonomie, la justesse des courbes. »

Wall Street Journal Magazine x Hermès © Romain Laprade

Une gamme de couleurs qui vous suit depuis toujours ?

 

Charlotte : « C’est quelque chose qui change, en ce moment on est dans une gamme sourde. On ne s’interdit rien. »

 

Alexis : « Nous n’avons pas qu’une gamme de couleurs, on s’attarde un moment à explorer une gamme et après on l’exploite pour arriver à une nouvelle. Ce n’est pas la même gamme pour l’objet que pour la porcelaine par exemple… »

Vos derniers coups de cœur artistiques ?

 

Charlotte : « Je suis allée plusieurs fois dans le studio de Sheila Hicks dans lequel j’ai passé pas mal de temps. Il se trouve que c’était une expérience extraordinaire, de voir son travail au fil du temps…En matière d’exposition, nous en avons fait une ensemble Michael Schmidt au Jeu de Paume, vraiment bien. »

Alexis : « Pour ma part une chose qui m’a vraiment bluffé et marqué, c’était la projection La Nature d’Artavazd Pelechian à la Fondation Cartier pendant la covid. J’ai eu la chance de pouvoir la voir quasiment seul. Un film éblouissant, un film uniquement fait d’images d’archives, un volcan en éruption, un tsunami… C’était renversant de force, d’esthétique. »

Casa Luis Barragán

Votre icon design ?

 

Alexis : « Je pense que Charlotte et moi avons une grande admiration pour Luis Barragán, un architecte mexicain. »

 

Charlotte : « C’est d’ailleurs le premier livre que je me suis offert en architecture, le deuxième était Aldo Rossi, j’avais fait ma thèse dessus. »

 

Un architecte pour faire la maison de vos rêve ?

 

Alexis : « Elle se trouve juste à côté de moi, Charlotte. (rire) »

Alvaro Siza
Mauricio Rocha
Alvaro Siza
Mauricio Rocha

Charlotte : « Je pense à Alvaro Siza, sa chapelle est incroyable et le mur en carrelage blanc, somptueux. Mais aussi Rafael Moneo et son œuvre Atocha ainsi que Mauricio Rocha qui est extraordinaire. Les personnes avec qui l’on collabore c’est avant tout qu’on aime leur travail. »

Un décor de film qui vous a marqué ?

 

Charlotte : « J’aime beaucoup l’univers de Wes Anderson. »

"La Voix humaine" par Pedro Almodóvar
"The French Dispatch"

Alexis : « Je pense à Almodovar, qui a des décors extraordinaires. Charlotte et moi sommes tous les deux très sensibles à la photographie. Je pense donc qu’il y a beaucoup de films qui nous plaisent par rapport à l’esthétique du film, la photographie et la scénographie. Le film Le Caire Confidentiel, un polar fait par un suédois m’avait énormément plu. Les néons, les réverbères, la chromie un peu orange… Un film magnifique. »

Pedro Almodovar
Moodletter

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